Sticker militant violet avec l’inscription “Liberté ★ Égalité ★ Adelphité” et deux poings, l’un féminin et l’autre masculin, se rejoignant en signe d’unité.

L’adelphité

L’adelphité n’est pas un mot ancien.

C’est un mot nécessaire.

Formé sur la racine grecque adelph- qui désigne le lien entre sœur et frère, il vient combler une lacune de nos langues modernes.
La fraternité porte une histoire souvent masculine.
La sororité s’est imposée comme exigence politique.
Il manquait un terme qui dise la solidarité entre êtres humains sans hiérarchie implicite, sans effacement des luttes, sans neutralisation molle.

Le terme a donné naissance à plusieurs déclinaisons : adelphité pour désigner le principe, adelphie pour évoquer la relation elle-même, adelphique pour qualifier une attitude ou un engagement. Cette plasticité n’est pas anecdotique.
Elle signale qu’il ne s’agit pas d’un simple mot, mais d’un champ sémantique en construction.

L’adelphité ne remplace ni la sororité ni la fraternité.
Elle les englobe.
Elle désigne une relation fondée sur la solidarité, la reconnaissance mutuelle et la responsabilité partagée.

Elle ouvre un espace commun sans absoudre les coupables.

Sandrine Rousseau a donné à ce mot une portée explicitement politique : “Être républicaine, c’est être adelphe, résister à l’oppression”.
L’adelphité devient alors un principe d’action : résister à ce qui domine, construire des communs, refuser que la sensibilité soit tournée en ridicule ou que la radicalité soit caricaturée.

Florence Mendez, sur un autre registre, en incarne une forme vibrante et frontale.
Son humour, parfois mitraillé à balles réelles, ne vise pas les personnes vulnérables mais les structures qui les écrasent.

Là où certains voient de l’excès, je vois une fidélité à la justice.
Là où l’on reproche trop de sensibilité, je reconnais une force puissante et juste qui ne s’excuse pas d’exister.

Formé sur la racine grecque adelph-, le mot renvoie à celles et ceux qui sont issus du même ventre, de la même matrice.
Être adelphe, c’est d’abord être “utérin”, au sens littéral du terme.
On a longtemps disqualifié l’utérin comme faiblesse, comme excès d’émotion, comme “hystérie”.
C’est encore ainsi que le patriarcat rabaisse les femmes : en pathologisant leur sensibilité, en tournant leur intensité en dérision.
Il serait temps d’y voir au contraire une puissance de relation, une capacité à porter, à relier, à faire naître du commun.

L’adelphité puise dans cette origine. Elle ne s’en détourne pas. Elle en fait une force.

L’adelphité n’édulcore pas les conflits.
Elle n’excuse ni les violences ni les rapports de domination.
Elle inclut les hommes qui choisissent la justice, non ceux qui la combattent.
Elle n’est pas un consensus.

Et c’est précisément ce qui lui donne sa force.
Comme l’a formulé Karl Popper dans son paradoxe de la tolérance, une société ouverte ne peut tolérer l’intolérance sans se détruire elle-même.
L’adelphité n’est donc pas une neutralité molle.
Elle trace une limite.
Elle refuse d’accorder une légitimité à ceux qui vivent de l’écrasement des autres.

C’est une exigence.

On peut en voir des incarnations contemporaines : dans des engagements où l’intelligence politique s’allie à l’humanité, même sous les quolibets ; dans des paroles plus tranchantes, plus incendiaires parfois, qui mitraillent les structures oppressives sans jamais confondre justice et vengeance.

Formes différentes, même fil.

Je considère certaines de ces voix comme des adelphes.
Non par sentimentalisme, mais parce que l’adelphité suppose précisément cela : reconnaître dans l’autre un combat commun, une fragilité assumée, une radicalité habitée.

L’adelphité n’est pas un slogan.
C’est un horizon.
Et peut-être l’un des rares encore dignes d’être poursuivis.

Le Haut Conseil à l’Égalité a lui-même proposé d’inscrire l’adelphité comme horizon républicain.
Ce n’est pas un caprice lexical.
C’est la reconnaissance que la fraternité ne suffit plus à dire l’égalité réelle.

« Liberté, Égalité, Adelphité ».
Ça aurait de la gueule sur le fronton des mairies.
Et cela nous rappellerait un Devoir.

Une réaction, un désaccord, une idée ?
Cliquez sur la bulle 💬 rose en bas à gauche pour laisser un commentaire.
Je lis tout. Je réponds toujours.

Envie de faire circuler cet article ?
Vous pouvez le partager via les icônes en haut ou en bas de cette page.

Envie de suivre les prochaines publications ?
→ S’abonner à la newsletter

5 1 vote
Évaluation de l'article

Publications similaires

  • Appel à la grève générale

    On en chie. Depuis des années, on nous demande de travailler davantage, plus longtemps, pour gagner moins. On repousse l’âge de la retraite, on rabote les allocations, on durcit l’accès à l’assurance chômage, on réduit les APL, on traque les pauvres jusque dans leurs quelques euros d’aide sociale. Dans le même temps, les plus riches…

  • Raphaël Glucksmann : la gauche sans la gauche

    Raphaël Glucksmann veut refonder la gauche. Son premier geste consiste à en exclure une partie.Lors du premier débat de la primaire à gauche, le 23 septembre, il a posé sa ligne sans détour : ‘Il faut être clair et net, et le dire maintenant : il n’y aura pas, à la présidentielle, d’accord avec La…

  • Le respect des cadres, ou comment la gauche apprend à ne plus déranger

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, je viens d’achever ma 55e révolution autour du Soleil.Comme cadeau, je me suis offert une utopie. Je suis militant chez Les Écologistes.J’y suis venu parce que j’y espérais des Sandrine Rousseau. Des femmes et des hommes capables de porter une écologie féministe, sociale, antiraciste, profondément humaniste, et surtout capables de se…

  • IGPN et IGGN : pour une police au service du peuple

    La police est un service public.Elle n’est pas une caste.Elle n’est pas une corporation.Elle n’est pas une puissance autonome placée au-dessus du reste de la société.Elle n’est pas davantage une force dont la population devrait avoir peur. La police appartient à la République. Elle est au service du peuple. Cela implique une chose très simple…

  • Impunité Bruel : quand le système fait son travail

    Il y a une formule que la presse aime beaucoup dans ce genre d’affaires. Elle arrive toujours au même moment, juste après que les premières accusations ont été rendues publiques, juste avant que les spécialistes autoproclamés du droit commencent à s’égosiller sur les plateaux. La formule, c’est : ‘Rappelons que Patrick Bruel bénéficie de la…

  • Doute & science : remèdes à la foi

    On ne perd pas la foi. On s’en débarrasse. Comme on se débarrasse d’une maladie. La comparaison n’a rien de moral. Elle n’implique ni faute, ni honte, ni révolution intérieure. Elle décrit un mécanisme. La foi s’installe, elle structure, elle rassure, elle comble ce que le réel laisse ouvert. Et surtout, elle évite une chose…

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires